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La mise à lindex de lart numérique est sans doute la plus sévère dans le champ de la critique dart. Il ny a pas de critique dart constituée et instituée dans le domaine de la création numérique en France. Certes, il existe bien une réflexion critique et esthétique, voire historique, sur la question. [ ] Mais cette réflexion émane dauteurs qui se sont spécialisés principalement dans lart numérique et, pour la très grande majorité, dartistes, de réalisateurs, de responsables de centres ou dexpositions. [ ]<o:p></o:p>
Les raisons du silence<o:p></o:p>
Au total, force est de constater que cette activité critique nest en aucune façon comparable à celle de la critique dart « officielle » pendant la même période c'est à dire une quarantaine dannées et quelle reste fortement marginale, même si les uvres et les artistes recensés sont moins nombreux. Doù la question : pourquoi un tel silence ? La réponse est complexe, car de multiples raisons interviennent. Mais on peut dores et déjà en relever quelques-unes. [ ]<o:p></o:p>
Il existe aussi dautres raisons et sans doute plus importantes, tout au moins après le début des années quatre-vingt-dix liées à la spécificité des techniques numériques et à la fonction traditionnelle de la critique dart. Cette fonction en effet, consiste essentiellement depuis le milieu du siècle dernier à servir de médiateur entre lart et son public, plus précisément entre lavant-garde, manifestation du génie singulier de lartiste, qui se doit dêtre en avance sur le temps du monde, et le simple amateur dart, qui, lui, ne vit pas à la même heure, qui retarde. Baudelaire a brillamment exprimé cette philosophie par ce mot fatal : « le public est, relativement au génie, une horloge qui retarde ». Lartiste vit dans les promesses du futur, le public dans la banalité du présent.<o:p></o:p>
Lon comprend mieux alors la mission de la critique dart depuis le milieu du XX°siècle : combler ce fossé, servir dintermédiaire, entre le génie et le commun des mortels, et par là même rendre esthétiquement légitime ce qui ne lest pas encore. Cette sorte de « décalage horaire » entre le génie et lartiste a été le fondement dune esthétique propre à la modernité qui na, depuis Baudelaire, cessé dimposer sa logique avant-gardiste.<o:p></o:p>
Les grandes innovations de lart qui ont suivi limpressionnisme (fauvisme, cubisme, abstraction diverses, surréalisme, etc.) nont fait que conforter cette logique, y compris les impertinentes innovations que Duchamp lança, dès le début du siècle, dans le monde de lart. Chaque « avancée » de lart devait être ressaisie par la critique et lhorloge du public remise à lheure de lavant-garde. Pour un temps du moins, plus ou moins variable, en attendant lapparition dune nouvelle avant-garde qui rendait obsolète la précédente. Ainsi sinstaura la fameuse « tradition du nouveau », selon lexpression dHarold Rosenberg.
<o:p>On note pourtant, aux alentours des années soixante, une première difficulté pour la critique à tenir pleinement son programme de médiation. Entraînés dans un vaste mouvement de déconstruction, les artistes sinterrogent sur lart et sur eux-mêmes, analysent le fonctionnement de la création artistique et la manière dont lart est socialisé, communiqué, médiatisé, institutionnalisé, officialisé, bref légitimé. Les artistes deviennent leurs propres critiques. Tandis que les médiateurs, tels certains commissaires dexposition, présentent leur travail comme des uvres dart à part entière. La critique aspire à lart. Aspiration qui nest pas nouvelle, déjà celle dOctave Mirbeau, mais qui se systématise. Il sensuit un certain état de confusion et de mélange des genres, de dé-spécification des fonctions de médiation analogue à la dé-spécification des techniques et des savoir-faire artistique. Une partie de plus en plus grande des institutions prend le relais de la critique, non pas tant en qualité de juge quen qualité de médiateurs incontournables entre lartiste et le public. <o:p></o:p>
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